Rainette verte posée sur une feuille

Liste rouge 2026 : un amphibien sur cinq et un reptile sur quatre sont menacés en France

Le Comité français de l’UICN, l’unité PatriNat (OFB, MNHN, CNRS, IRD) et la Société herpétologique de France (SHF) viennent de publier la troisième évaluation de la Liste rouge des reptiles et amphibiens de France hexagonale. Après les bilans de 2008 et de 2015, le constat reste préoccupant : près d’un amphibien sur cinq et un reptile sur quatre sont aujourd’hui menacés de disparition sur le territoire métropolitain.

Pour les terrariophiles, qui connaissent bien ces animaux et leurs exigences, ce document est une lecture utile. Il rappelle que les espèces que l’on côtoie en nature, un lézard des murailles sur un mur chaud, une rainette dans un jardin, une vipère sur une lande, sont plus fragiles qu’on ne le croit. Voici les principaux enseignements.

Les chiffres clés de l’évaluation 2026

Au total, 90 espèces d’amphibiens et de reptiles sont dénombrées en France hexagonale. Quatorze d’entre elles n’ont pas été évaluées : ce sont des espèces introduites après l’an 1500, comme la Tortue serpentine, le Sonneur à ventre de feu ou le Triton bourreau, ou des espèces présentes de façon occasionnelle, comme la Tortue verte. L’état des lieux porte donc sur 76 espèces : 37 amphibiens et 39 reptiles, tortues marines comprises.

Amphibiens (37 espèces) Reptiles (39 espèces)
En danger (EN) 3 6
Vulnérable (VU) 4 4
Total menacées 7 (19 %) 10 (26 %)
Quasi menacées (NT) 12 5
Préoccupation mineure (LC) 18 23
Données insuffisantes (DD) 0 1
Répartition des espèces évaluées par catégorie de la Liste rouge. Source : UICN Comité français, OFB, MNHN & SHF (2026).

Si l’on ajoute les espèces « Quasi menacées », qui pourraient basculer dans les catégories de menace si rien n’est fait, plus de la moitié des amphibiens et plus du tiers des reptiles sont concernés. La France compte par ailleurs trois amphibiens endémiques de l’Hexagone : le Discoglosse corse, l’Euprocte de Corse et la Salamandre de Corse.

Un déclin qui s’installe pour deux espèces sur trois

Le chiffre le plus inquiétant n’est pas celui des catégories mais celui des tendances. Que les espèces soient rares ou communes, 64 % d’entre elles voient leurs populations diminuer. Chez les amphibiens, la proportion en déclin atteint 68 %. Chez les reptiles, elle est passée de 39 % à 62 % depuis 2015, un bond spectaculaire.

Autre signal à retenir : depuis le dernier bilan, six espèces ont connu une véritable dégradation de leur statut, et aucune ne s’est améliorée. Sur les 76 espèces évaluées, 23 % ont changé de catégorie, mais pour la majorité (15 %) il s’agit d’un changement dit « non véritable », lié à de meilleures connaissances sur la répartition et l’état des populations, grâce aux inventaires de terrain, aux bases de données participatives et aux suivis nationaux POPAmphibien et POPReptile. Pour 8 % des espèces, en revanche, la dégradation est bien réelle.

Lire aussi :  Bourse Oiseaux et Reptiles de Colmar : rendez-vous ce samedi 21 mars !

Les espèces dont le statut s’est dégradé

Six espèces ont connu cette détérioration réelle. Voici les cinq premières :

  • le Spélerpès de Strinati, la Grenouille rousse et la Vipère aspic, passés de « Préoccupation mineure » à « Quasi menacé » ;
  • l’Émyde lépreuse et la Vipère de Seoane, qui rejoignent la catégorie « En danger ».

Le Lézard vivipare est lui aussi passé de « Préoccupation mineure » à « Quasi menacé ». Plusieurs populations locales ont aussi vu leur statut se dégrader, comme la Tortue d’Hermann du Var, désormais « En danger ». À l’inverse, le Lézard ocellé passe de « Vulnérable » à « Quasi menacé », principalement grâce à de meilleures connaissances acquises lors des prospections du plan national d’actions.

Mare forestière dans la brume du matin
Mares et zones humides : le milieu de vie, ou de reproduction, d’une grande partie des espèces évaluées. Photo : Pexels, libre de droit.

Pourquoi ces espèces reculent

La première source de menace reste la dégradation et la destruction des espaces naturels, un phénomène qui s’accentue depuis un siècle : urbanisation, infrastructures de transport, intensification des pratiques agricoles. Les reptiles et amphibiens y sont particulièrement sensibles, car la plupart se déplacent peu et dépendent de leur milieu pour réguler leur température.

Plusieurs pressions se superposent :

  • Les milieux humides : assèchement et comblement des mares, qui pénalisent le Pélobate brun, la Vipère de Seoane ou l’Émyde lépreuse.
  • Le bocage : sa disparition accentue la régression du Lézard vivipare et de la Vipère aspic.
  • Les pratiques pastorales et forestières : l’embroussaillement des prairies et des landes menace la Vipère d’Orsini, l’intensification sylvicole le Sonneur à ventre jaune.
  • Le changement climatique : montée en altitude des espèces thermosensibles comme le Lézard d’Aurelio, sécheresses, incendies, arrivée de nouveaux pathogènes comme le champignon Bsal.
  • Les espèces exotiques envahissantes : écrevisses américaines, Silure glane, Achigan à grande bouche, empoissonnement des mares.
  • Pour les tortues marines : filets de pêche, déchets, collisions avec les bateaux, pollution lumineuse sur les plages de ponte.

Nous détaillons ces menaces espèce par espèce dans la suite de cette série (voir plus bas).

Quelques bonnes nouvelles, malgré tout

Le bilan n’est pas uniformément noir. La Tortue caouanne, classée « Vulnérable » pour sa population reproductrice méditerranéenne, vient désormais pondre chaque année sur les côtes françaises : on dénombre entre 15 et 20 pontes par an en PACA, en Occitanie et en Corse. Le réchauffement des eaux et des plages semble favoriser cette extension de l’aire de reproduction vers le nord et l’ouest de la Méditerranée.

Lire aussi :  La tortue méditerranéenne retrouve progressivement son territoire dans le massif des Albères

Des plans nationaux d’actions (PNA) sont par ailleurs en place pour la Tortue d’Hermann, les vipères, le Sonneur à ventre jaune, le Pélobate brun et le Crapaud vert. Depuis les années 1980, tous les reptiles et amphibiens de France hexagonale bénéficient d’une protection réglementaire. Pourtant, rappelle le rapport, la situation demeure préoccupante et pourrait s’aggraver pour la plupart des espèces : des efforts plus globaux de protection des milieux naturels sont jugés essentiels.

Tortue caouanne nageant en mer
La Tortue caouanne pond désormais chaque année sur les côtes françaises de Méditerranée. Photo : Pexels, libre de droit.

Ce que cela change pour les terrariophiles

La Liste rouge n’est pas une liste de détention : elle mesure un risque de disparition en nature, pas ce que la loi autorise ou non. Elle rappelle surtout une évidence : la faune sauvage de France n’est pas un réservoir inépuisable, et un prélèvement en nature, même d’un seul animal, n’est jamais anodin pour des populations fragmentées. Si vous aimez ces animaux, la meilleure façon de les soutenir est de les observer sans les déranger, de participer aux suivis participatifs et de soutenir les associations qui protègent leurs habitats. Nous y reviendrons dans un article dédié.

Notre série sur la Liste rouge 2026

Cet article ouvre une série d’un article par jour pendant huit jours :

  1. 8 octobre : les espèces dont le statut s’est dégradé ;
  2. 9 octobre : les menaces, des habitats au climat ;
  3. 10 octobre : les tortues de France ;
  4. 11 octobre : les vipères ;
  5. 12 octobre : les amphibiens et leurs mares ;
  6. 13 octobre : les lézards de montagne face au climat ;
  7. 14 octobre : Liste rouge et terrariophilie, ce que cela change ;
  8. 15 octobre : la liste complète des 76 espèces évaluées.

Source : UICN Comité français, OFB, MNHN & SHF (2026), La Liste rouge des espèces menacées en France, chapitre Reptiles et Amphibiens de France hexagonale, Paris. Les résultats sont disponibles sur uicn.fr et sur le site de l’INPN.

Nicolas

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *