Tortues de France : Hermann, Émyde lépreuse, Cistude, Caouanne… où en est-on ?
Tortues terrestres, tortues d’eau douce, tortues marines : la France hexagonale accueille toute une palette de chéloniens, avec des situations très contrastées. La Liste rouge 2026 fait le point espèce par espèce, et le tableau mêle déclins préoccupants et signaux plus encourageants.
Les tortues terrestres et d’eau douce
La Tortue d’Hermann (Testudo hermanni) : « Vulnérable », « En danger » dans le Var
L’espèce est classée « Vulnérable » au niveau national, avec des populations en diminution. Mais la population du Var est classée « En danger », ce qui représente une dégradation réelle depuis la dernière évaluation. Parmi les menaces citées figurent les incendies, dont le risque augmente avec le réchauffement climatique et les sécheresses dans les zones boisées. La Tortue d’Hermann bénéficie d’un plan national d’actions (PNA), l’un des cinq plans cités par le rapport avec ceux des vipères, du Sonneur à ventre jaune, du Pélobate brun et du Crapaud vert.

L’Émyde lépreuse (Mauremys leprosa) : « En danger »
Cette tortue aquatique rejoint la catégorie « En danger » : c’est l’une des deux espèces, avec la Vipère de Seoane, citées pour illustrer la dépendance aux milieux humides. L’assèchement de ces milieux, aggravé par les sécheresses, la place en première ligne. La tendance de ses populations est jugée inconnue.
La Cistude d’Europe (Emys orbicularis) : « Préoccupation mineure », mais en diminution
Seule autre tortue d’eau douce native évaluée, la Cistude est classée en « Préoccupation mineure ». Cela ne signifie pas que tout va bien : le tableau de la Liste rouge indique que la tendance de ses populations est à la baisse, comme pour la majorité des reptiles de France.
Les tortues marines
La Tortue caouanne (Caretta caretta) : une espèce qui revient pondre
C’est l’espèce de tortue marine la plus fréquemment observée sur les côtes françaises de Méditerranée. Avec sa carapace brun-orange à rougeâtre pouvant atteindre 1 mètre de long, elle est surtout représentée par des juvéniles et des subadultes qui utilisent cette zone comme aire d’alimentation et de croissance. Mais depuis une dizaine d’années, les pontes se multiplient sur le littoral français : entre 15 et 20 par an, réparties sur les côtes de PACA, d’Occitanie et de Corse. Le réchauffement des eaux et des plages semble favoriser une extension de l’aire de reproduction vers le nord et l’ouest de la Méditerranée.
La population méditerranéenne reproductrice est classée « Vulnérable », avec une tendance en augmentation, l’une des rares du rapport. Les menaces restent nombreuses : captures accidentelles dans les engins de pêche, ingestion de déchets dérivants, collisions potentielles avec les navires. À terre, la pollution lumineuse perturbe les femelles lors des pontes et désoriente les nouveau-nés, tandis que le nettoyage mécanique des plages ou la présence de chiens peuvent détruire nids et œufs.
La population visiteuse régulière de l’Atlantique a fait l’objet d’une évaluation distincte : elle est classée « Données insuffisantes ».

La Tortue luth (Dermochelys coriacea) : « En danger »
Visiteuse régulière, la Tortue luth est classée « En danger », avec des populations en diminution. La Tortue de Kemp, autre visiteuse régulière, est classée « Données insuffisantes ».
Les occasionnelles : Tortue verte, imbriquée, olivâtre
Ces trois espèces, présentes de manière occasionnelle ou marginale en France, ne sont pas soumises à l’évaluation nationale. Leur statut mondial est en revanche préoccupant : la Tortue imbriquée est classée « En danger critique » et la Tortue olivâtre « Vulnérable » dans la Liste rouge mondiale.
Les tortues introduites, hors évaluation
Deux espèces fréquemment liées aux animaux de compagnie figurent aussi dans la liste des espèces non évaluées car introduites après l’an 1500 : la Tortue serpentine (Chelydra serpentina) et la Tortue de Floride (Trachemys scripta). Leur présence dans la nature témoigne de relâchers d’animaux captifs, une pratique à proscrire absolument.
Ce qu’il faut retenir
Pour les tortues, la bonne nouvelle vient de la mer (des pontes en hausse), la mauvaise de la terre ferme et des milieux humides : incendies, sécheresses, assèchement. Dans notre prochain article, nous passons aux vipères de France.
Source : UICN Comité français, OFB, MNHN & SHF (2026), La Liste rouge des espèces menacées en France, chapitre Reptiles et Amphibiens de France hexagonale, Paris.
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