Caméléon sur une branche dans un terrarium

Liste rouge et terrariophilie : ce que le déclin de la faune française change pour les éleveurs

La publication de la Liste rouge 2026 des reptiles et amphibiens de France hexagonale concerne aussi, directement ou non, la communauté des terrariophiles. Ce sont les mêmes animaux, ou leurs cousins, que l’on observe, élève et admire. Voici ce que ce bilan implique concrètement pour les éleveurs.

Liste rouge, protection légale, détention : trois choses différentes

C’est la confusion la plus fréquente, et il est utile de la lever d’emblée.

  • La Liste rouge évalue le risque de disparition d’une espèce en nature, selon la méthodologie de l’UICN. Elle n’a pas de valeur réglementaire.
  • La protection légale est un statut réglementaire. Le rapport rappelle que les reptiles et les amphibiens de France hexagonale en bénéficient depuis les années 1980. Les listes d’espèces protégées sont fixées par arrêté ministériel : vérifiez toujours le texte en vigueur sur Légifrance avant toute décision.
  • La détention en captivité obéit à ses propres règles (certificat de capacité, autorisation d’ouverture, règlement CITES pour les espèces concernées). C’est ce que nous détaillons, espèce par espèce, dans la rubrique « Statut de détention en France » de chacune de nos fiches espèces.

Une espèce peut donc être « Préoccupation mineure » à la Liste rouge et pourtant protégée par la loi, et inversement. Dans le doute, la règle est simple : un animal sauvage prélevé en nature ne doit jamais finir en terrarium.

Caméléon sur une branche dans un terrarium
Photo d’illustration : Pexels, libre de droit.

Ne jamais prélever en nature

Les populations de reptiles et d’amphibiens sont fragmentées et peu mobiles. Le rapport cite d’ailleurs un cas extrême : la Grenouille rousse est la cible de prélèvements en milieu naturel pour la consommation de ses cuisses, qui touchent au moins 1,8 million de spécimens par an en Bourgogne-Franche-Comté. Un prélèvement, même modeste, pour garder un lézard ou une grenouille « pour l’observer » n’est jamais anodin. Observer, photographier, noter : oui. Capturer : non.

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Ne jamais relâcher un animal de terrarium

La Liste rouge mentionne, parmi les espèces introduites en France hexagonale, plusieurs animaux bien connus des terrariophiles et des aquariophiles : la Tortue de Floride (Trachemys scripta), la Tortue serpentine (Chelydra serpentina), le Xénope lisse (Xenopus laevis) ou la Grenouille taureau (Aquarana catesbeiana). Elles n’ont pas été évaluées justement parce qu’elles ne sont pas natives. Leur présence dans la nature résulte d’introductions, et le rapport rappelle que les espèces exotiques envahissantes constituent localement une menace supplémentaire pour les espèces natives, par compétition ou prédation.

Le message est limpide : quand on ne peut plus garder un animal, on le confie à une association, à un refuge ou à un éleveur. On ne le relâche jamais.

Bsal : l’hygiène, un enjeu de conservation

Parmi les menaces citées par le rapport figure le champignon Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal), responsable de fortes mortalités chez les amphibiens, qui pourrait décimer des populations déjà fragmentées s’il atteignait certaines aires de répartition. Pour les éleveurs d’amphibiens, les bonnes pratiques sont de bon sens :

  • mettre en quarantaine tout nouvel arrivant ;
  • ne jamais mélanger le matériel d’élevage et le matériel utilisé sur le terrain ;
  • désinfecter les équipements entre deux terrariums ;
  • ne jamais jeter l’eau ou le substrat d’un terrarium d’amphibiens dans la nature ;
  • signaler à un vétérinaire toute mortalité inexpliquée.

L’élevage en captivité, un atout pour la connaissance

La Société herpétologique de France, partenaire de la Liste rouge, œuvre aussi à « l’amélioration des conditions d’élevage des individus présents hors de leurs milieux naturels, notamment à des fins scientifiques ». Les passionnés ont donc leur rôle à jouer, à condition de rester dans le cadre légal. Plusieurs pistes concrètes :

  • Privilégier des animaux nés en captivité, provenant d’éleveurs déclarés, et conserver les justificatifs d’origine.
  • Soutenir les structures de conservation : centres de soins, associations, plans nationaux d’actions.
  • Participer aux sciences participatives : POPAmphibien et POPReptile, coordonnés par la SHF, sont ouverts aux observateurs bénévoles et contribuent directement à l’amélioration des connaissances.
  • Partager son savoir : les éleveurs connaissent souvent très bien la biologie de leurs animaux, et ces connaissances alimentent la sensibilisation du public.
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Et pour les espèces exotiques ?

La Liste rouge porte sur la faune française, pas sur les espèces tropicales de nos terrariums. Mais le raisonnement est le même : les animaux que l’on garde viennent eux aussi de milieux menacés. Privilégier les élevages, les espèces dont on maîtrise l’élevage, et s’informer avant l’achat sont des réflexes qui protègent à la fois l’animal et ses congénères en nature. Nos fiches espèces détaillent ces points pour chaque animal.

Notre dernier article de la série propose la liste complète des 76 espèces évaluées, avec leur catégorie et leur tendance.

Source : UICN Comité français, OFB, MNHN & SHF (2026), La Liste rouge des espèces menacées en France, chapitre Reptiles et Amphibiens de France hexagonale, Paris. Cet article ne constitue pas un conseil juridique : référez-vous aux textes en vigueur et à votre direction départementale en charge de la protection des populations pour toute question de détention.

Nicolas

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