Python molure

Classification

RègneAnimalia
EmbranchementChordata
ClasseReptilia
OrdreSquamata
FamillePythonidae
GenrePython
EspècePython bivittatus (syn. historique : Python molurus bivittatus)

Présentation

Massif, puissant et étonnamment placide lorsqu’il est correctement socialisé, le Python bivittatus est l’un des plus grands serpents au monde. Originaire d’Asie du Sud-Est (Myanmar, Thaïlande, Laos, Vietnam, Cambodge, sud de la Chine, Indonésie), il fréquente des milieux variés : lisières forestières, zones marécageuses, bordures de rivières, rizières, paysages agricoles mosaïqués où l’eau n’est jamais bien loin. Il est connu pour son caractère opportuniste et sa propension à exploiter les abris disponibles, qu’il s’agisse de terriers, de souches ou d’ouvrages anthropiques.

 Dans la littérature ancienne, on le rencontrait sous le nom Python molurus bivittatus (sous-espèce du python indien). Les révisions taxonomiques en ont fait une espèce à part entière, P. bivittatus. En captivité, il s’est popularisé à partir des années 1990 avec l’apparition de nombreuses morphes, notamment l’albinos spectaculaire. Toutefois, la taille adulte, la force, le besoin d’espace et les exigences réglementaires en font un serpent destiné à des éleveurs expérimentés et équipés, disposant du CDC/AOE en France.
Le python birman est apprécié pour son tempérament généralement calme et sa robustesse relative lorsqu’il bénéficie d’un environnement bien conçu : gradients thermiques lisibles, humidité maîtrisée, hygiène rigoureuse et alimentation raisonnée. Son maintien doit être envisagé sur le long terme, car sa durée de vie s’étend sur plusieurs décennies et sa croissance impose des installations évolutives et très sécurisées.

Caractéristiques physiques

Le Python bivittatus présente un corps trapu et musculeux, une tête large à la forme nettement triangulaire, et une livrée caractéristique faite de taches sombres aux contours noirs sur un fond brun à fauve. Sa silhouette puissante, ses écailles lisses et sa taille impressionnante ne laissent aucun doute sur sa place parmi les géants du monde ophidien.

  • Taille adulte : 3,0 à 4,5 m pour la plupart des individus en captivité, avec des femelles qui dépassent fréquemment 4 m. Des records au-delà de 5 m sont documentés mais exceptionnels.
  • Poids : 20 à 40 kg pour un adulte commun, avec des femelles très massives pouvant excéder 50 kg dans de grands élevages. Une croissance trop rapide favorise l’obésité, à éviter absolument.
  • Couleurs/morphes : phase « classique » brun doré à brun olive, marbrures à bords noirs. Nombreuses morphes sélectionnées : Albinos (amelanistique), Granite, Labyrinth, Hypo, combinaisons polyalléliques et lignées sélectionnées pour le contraste. Les morphes ne dispensent pas des mêmes besoins biologiques et réglementaires.
  • Dimorphisme sexuel : femelles généralement plus longues et plus lourdes, base de la queue proportionnellement plus fine. Les mâles présentent des ergots cloacaux plus marqués. Le sexage fiable se fait par sondage ou éversion par un praticien expérimenté.
  • Longévité : 20 à 30 ans en captivité avec une maintenance irréprochable, certains individus dépassant 35 ans dans des institutions bien équipées.

Terrarium et habitat

Le terrarium d’un python birman doit conjuguer espace, sécurité et facilité d’entretien. Pour un adulte, privilégiez une structure sur mesure, robuste, parfaitement verrouillable, avec un sol antidérapant et des vitres épaisses. Un format minimaliste pour un mâle de gabarit modéré peut commencer vers 240 × 120 × 100 cm (L × l × h), mais la plupart des femelles adultes tireront profit d’au moins 300 × 120 × 120 cm, voire davantage. Le développement latéral prime sur la hauteur, bien que 1 m de haut facilite l’aménagement. Plus l’emprise au sol est grande, meilleure est la thermorégulation comportementale et la stimulation physique.
Le matériau doit être isolant et étanche (mélaminé marin, PVC expansé, stratifié compact, aluminium composite), avec une aération croisée qui limite la stagnation de l’humidité tout en évitant les courants d’air. Les grandes vitres coulissantes ou portes battantes s’équipent de serrures ; les interstices sont proscrits : un python est un expert de l’évasion. Toutes les décorations (branches, plateformes, pierres synthétiques) doivent être parfaitement fixées pour résister au poids d’un animal de 30 kg et plus.
Le substrat dépend du style de maintenance et du taux d’humidité visé : copeaux de cèdre et pin à éviter (huiles toxiques). Les options plébiscitées sont l’écorce de cyprès, les chips de coco, les mélanges terreux stérilisés, ou une combinaison avec tapis étanche dans la zone d’alimentation. Une épaisseur de 5 à 8 cm permet d’amortir, stabiliser l’hygrométrie et faciliter le nettoyage ponctuel (spot-cleaning) entre deux remplacements complets.
Au moins deux cachettes spacieuses sont installées : une au point chaud, une au point froid, à la bonne échelle, à la fois sombres et faciles à désinfecter (caisses plastiques renforcées, caissons en résine). Un bassin d’eau assez grand pour permettre la baignade partielle est indispensable : outre l’hydratation, il facilite les mues et contribue à la thermorégulation. L’eau se change très régulièrement, avec désinfection du bac pour prévenir les proliférations bactériennes.
Une configuration semi-simplifiée, mais enrichie, reste plus sûre : plateformes basses, troncs creux, grosses écorces ancrées. Les éléments hauts sont proscrits s’ils ne sont pas indéformables, car un python adulte peut déstabiliser et se blesser sur une chute. Les surfaces en contact avec le câble ou panneau chauffant doivent être équipées de protections anti-brûlure et pilotées par un thermostat fiable. L’ensemble de l’habitat doit permettre une intervention humaine sûre (parois amovibles, sas, accessibilité du bassin) et l’introduction d’outils (crochet, bouclier) si nécessaire.

Paramètres d’élevage

Espèce tropicale de plaine, le python birman requiert des gradients thermiques nets, une humidité modérée à soutenue sans condensation persistante, et une ventilation correcte. Une source de chaleur par panneau rayonnant ou cordon déporté, régulée par thermostat, est privilégiée pour les grands volumes. Les UVB ne sont pas indispensables mais un éclairage de qualité améliore le rythme circadien et peut participer au bien-être.

  • Températures : point chaud 31–33 °C (surface du perchoir/sol contrôlée au thermomètre infrarouge), zone tempérée 28–30 °C, point frais 25–27 °C. Baisse nocturne possible à 24–26 °C. Veiller à une lecture fiable des températures réelles au niveau du serpent.
  • Hygrométrie : 60–75 % en routine, avec des pics transitoires jusqu’à 80 % en période de mue. Éviter l’humidité stagnante ; la ventilation doit prévenir la condensation. Le bassin et des pulvérisations ciblées suffisent généralement.
  • Éclairage : cycle diurne lumineux 4 000–6 000 K, 200–400 lux au niveau du sol. UVB faibles (2–5 %) facultatifs mais bénéfiques si correctement positionnés et protégés par un gradient d’ombre. Toujours offrir des refuges sans UV.
  • Photopériode : 10–12 h de jour selon la saison. Une légère réduction et une baisse thermique hivernale peuvent être utilisées dans un protocole de reproduction bien maîtrisé.

Alimentation

Le Python bivittatus est un prédateur opportuniste se nourrissant de mammifères et d’oiseaux. En captivité, on privilégie des proies d’élevage décongelées et réchauffées (sécurité et hygiène) de type rongeurs et lagomorphes : jeunes rats pour les juvéniles, puis gros rats, lapins, éventuellement cobayes selon disponibilité. La taille de la proie ne doit pas excéder 10–15 % du poids du serpent, et un gabarit légèrement inférieur à la circonférence maximale de l’animal est souvent préférable pour limiter les régurgitations et les prises de graisse.
La fréquence d’alimentation dépend de l’âge et de l’objectif de croissance : un juvénile consomme une proie adaptée tous les 5 à 7 jours ; un subadulte, toutes les 10 à 14 jours ; un adulte, toutes les 3 à 4 semaines, voire 5 à 6 semaines pour des sujets peu actifs ou très massifs. Les femelles reproductrices peuvent recevoir des apports plus rapprochés avant la saison, puis un repos digestif lors de l’incubation. L’obésité est un risque majeur chez l’adulte : mieux vaut des repas raisonnables et espacés que des prises énormes et irrégulières.
On évite d’alimenter dans un « bac séparé » avec les géants : la manipulation pré-prandiale augmente le risque d’erreur de prédation. On privilégie un conditionnement alimentaire dans le terrarium, avec des pinces longues, et un protocole de « tap training » (toucher léger à la tête ou au cou avec le crochet pour signaler une session de manipulation non alimentaire). Une eau propre et abondante est indispensable en permanence.

Comportement et manipulation

Le python birman est souvent décrit comme placide lorsqu’il est issu d’élevage sérieux et qu’il a été manipulé avec régularité et respect. Il devient toutefois extrêmement réactif en contexte alimentaire et son attaque, motivée par la nourriture, est fulgurante. Plutôt crépusculaire et nocturne, il passe la journée dans des cachettes fraîches et ressort pour thermoréguler ou chasser. Les jeunes sont parfois plus nerveux ; la constance d’un environnement stable et des manipulations courtes, calmes et prévisibles permettent d’obtenir des individus coopératifs.
La sécurité prime : au-delà de 2,5–3 m, les manipulations devraient être menées à deux personnes expérimentées, avec un plan clair et un environnement contrôlé (porte fermée, public et animaux domestiques absents). On manipule jamais après un repas récent ou pendant la mue. L’usage d’un crochet pour lever la tête et « déverrouiller » le réflexe alimentaire est une bonne pratique. Toute intervention (soins, nettoyage, transfert) doit anticiper la puissance de constriction d’un animal de plusieurs dizaines de kilos ; on ne passe pas les mains entre le corps du serpent et son support, et l’on garde le cou et la tête maîtrisés sans contrainte excessive.
Un terrarium à l’épreuve des évasions, avec des verrouillages redondants, est obligatoire. Les sorties contrôlées hors du terrarium ne sont pas un enrichissement nécessaire pour un géant ; elles doivent rester exceptionnelles, encadrées, et toujours réalisées avec une évaluation honnête des risques.

Reproduction

Espèce ovipare, le Python bivittatus produit de grandes pontes et montre un remarquable comportement de couverture incubatrice : la femelle s’enroule autour des œufs et génère de la chaleur par micro-contractions. En captivité, la reproduction réussie demande une sélection rigoureuse des reproducteurs (santé, origine, gabarit), une brumation douce bien contrôlée, et des installations professionnelles. En France, elle ne peut être envisagée que par des détenteurs capacitaires respectant les obligations légales de déclaration, marquage des jeunes lorsque requis et gestion des cessions.

  • Maturité sexuelle : mâles dès 2–3 ans et 2,5–3 m de longueur selon condition ; femelles plutôt 3–5 ans avec un poids cible de 15 kg et un gabarit solide. Éviter toute reproduction précoce : les femelles insuffisamment développées sont exposées à des complications (rétentions, épuisement).
  • Période de reproduction : mise en couple en « hiver » artificiel, après une baisse progressive des températures nocturnes (22–24 °C) et de la photopériode pendant 6–8 semaines, tout en maintenant un point chaud diurne. L’accouplement survient souvent après la reprise d’un régime thermique normal.
  • Incubation/gestation : ovulation suivie d’une période de pré-ponte (pré-ovulatory shed), puis ponte 30–45 jours plus tard. Taille de ponte : 20 à 60 œufs (parfois plus). Incubation artificielle à 31,5–32,5 °C et 95–100 % d’humidité dans un incubateur ventilé, sur vermiculite/perlite équilibrée, 55–65 jours. La couverture incubatrice maternelle est possible si l’environnement est parfait, mais l’incubation artificielle offre une meilleure maîtrise.
  • Soins des jeunes : séparation et installation individuelle en boîtes sécurisées avec cachettes, point chaud 31 °C et hygrométrie modérée. Premier repas après la première mue ; proies adaptées (souriceaux bien poilus ou jeunes rats selon la taille) offertes décongelées. Sexage par professionnel, suivi sanitaire strict et tenue d’un registre complet de reproduction et cessions conformément à la réglementation.

Santé

Un python birman bien logé et bien nourri est robuste, mais sa taille et son environnement humide accroissent certains risques. Les affections respiratoires sont les plus fréquentes : sifflements, bulles nasales, bouche entrouverte, léthargie, refus de se thermoréguler doivent alerter. Elles proviennent souvent d’un excès d’humidité combiné à une ventilation insuffisante, d’une chute de température nocturne non contrôlée, ou d’un stress chronique. Les stomatites (inflammations de la cavité buccale), les dermatites liées au substrat souillé, les parasitoses (acariens), les brûlures par contact direct avec une source de chaleur, et les troubles métaboliques comme l’obésité ou la lipidose hépatique sont également à surveiller. Des agents viraux émergents (nidovirus chez les pythons notamment) justifient une quarantaine stricte de tout nouvel arrivant.
La prévention repose sur un quarantaine d’au moins 90 jours avec examens fécaux, sur une hygiène régulière (changement d’eau fréquent, nettoyage des surfaces, remplacement du substrat), sur des gradients thermiques parfaitement établis et une ventilation contrôlée, ainsi que sur une alimentation prudente. Les mues doivent être complètes ; une mue retenue signale un défaut d’hydratation ou d’hygrométrie. La pesée mensuelle et la tenue d’un journal de maintenance aident à détecter rapidement une perte d’état ou une dérive pondérale. Tout signe anormal justifie une consultation rapide chez un vétérinaire NAC/ophidiens. La prévention des blessures passe par la suppression des éléments instables, la protection des sources de chaleur, et une manipulation réfléchie à plusieurs pour les grands sujets.

Statut de détention en France

En France, le Python bivittatus, souvent appelé « python molure birman », est un grand python considéré comme potentiellement dangereux par sa taille et sa puissance. Sa détention n’est pas libre pour les particuliers. Elle est en principe soumise au Certificat de capacité (CDC) pour l’entretien d’animaux d’espèces non domestiques et à l’Autorisation d’ouverture d’établissement (AOE). Les seuils réglementaires propres aux grands boïdés et pythons font que cette espèce, dont la taille adulte dépasse couramment 3 m, relève du régime CDC/AOE, y compris pour un seul individu. Certaines préfectures peuvent en outre imposer des prescriptions complémentaires (sécurisation des locaux, plan de prévention, registre, etc.).
Au plan international, l’espèce est inscrite à la CITES Annexe II. Dans l’Union européenne (Règlement CE 338/97), elle figure en Annexe B. La vente et la détention d’animaux doivent donc être accompagnées des documents de traçabilité adéquats (preuve d’origine légale, attestation de cession), et respecter les obligations nationales de marquage et de tenue de registre lorsqu’elles s’appliquent. L’importation d’animaux prélevés dans la nature est réglementée et fortement déconseillée au profit d’individus nés en captivité.
Avant tout projet, il convient de vérifier auprès de la DDETSPP/DDETSPP (services vétérinaires) de votre département les obligations actualisées. En pratique, cette espèce est réservée aux capacitaires disposant d’installations conformes et de procédures de sécurité adaptées.

Cette espèce est-elle faite pour vous?

Le Python bivittatus est une icône de la terrariophilie : impressionnant, souvent docile et fascinant à observer. Mais c’est aussi un géant qui exige un engagement total : installations volumineuses et sécurisées, budget alimentaire et matériel conséquent, temps d’entretien, rigueur sanitaire et, en France, compétences réglementaires (CDC/AOE). Il ne s’adresse pas aux débutants. Les éleveurs déjà expérimentés avec de grands boïdés, capables d’anticiper la croissance, de travailler à deux et de formaliser des procédures de sécurité, y trouveront un pensionnaire gratifiant, à la présence indéniable.
Ses points forts résident dans sa robustesse relative lorsque l’environnement est bien conçu, sa tolérance aux manipulations raisonnées, et la diversité de ses morphes. Les vigilances portent sur la taille adulte, le risque d’obésité, les affections respiratoires en milieu trop humide et peu ventilé, et la sécurité des manipulations et des installations. En choisissant des animaux nés en captivité, en respectant la réglementation CITES et nationale, et en planifiant sérieusement l’espace et la maintenance sur plusieurs décennies, le passionné capacitaire pourra offrir à ce géant asiatique des conditions de vie optimales et, en retour, profiter d’un reptile exceptionnel au quotidien.

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