Python molure albinos
Classification
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Classe | Reptilia |
| Ordre | Squamata |
| Famille | Pythonidae |
| Genre | Python |
| Espèce | Python bivittatus (morph albinos) |
Présentation
Le Python molure albinos, plus correctement appelé Python bivittatus (morph albinos), est la version amélanistique du célèbre python birman. Cette mutation génétique récessive supprime la production de mélanine, révélant des teintes blanches, crème et jaune soutenues par des yeux rouge rubis. Spectaculaire à l’œil et largement diffusée en captivité depuis les années 1980, elle n’en demeure pas moins le reflet d’une espèce gigantesque et puissante, à réserver aux éleveurs expérimentés et correctement équipés.
Originaire des plaines alluviales, forêts claires, zones marécageuses et rizières d’Asie du Sud et du Sud-Est (Inde orientale, Bangladesh, Myanmar, Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam, sud de la Chine, Indonésie occidentale), le python birman est un serpent semi-terrestre opportuniste, excellent nageur, qui fréquente volontiers les milieux proches de l’eau. En captivité, l’attrait esthétique de la forme albinos a largement contribué à sa popularité, avec de nombreuses lignées sélectionnées et combinaisons de morphs. Toutefois, sa taille adulte, ses besoins en espace et en sécurité, ainsi que son statut réglementaire strict en France, limitent aujourd’hui sa détention à des installations sérieuses et autorisées.
Caractéristiques physiques
Le Python bivittatus albinos conserve la silhouette massive de l’espèce type : un corps lourd, une tête large et triangulaire, un cou épais et une queue relativement courte. La mutation amélanistique met en valeur un dessin contrasté de taches et de selles aux tonalités jaunes et crème, parfois orangées selon les lignées, avec des yeux rouges ou rose vif typiques.
- Taille adulte : généralement 3 à 4,5 m pour les mâles robustes et surtout les femelles, avec des individus d’exception dépassant 5 m. La croissance est rapide les premières années si l’alimentation et la température sont adéquates.
- Poids : de 20 à 50 kg pour la majorité des adultes en captivité bien conduits, jusqu’à plus de 70–80 kg chez de très grands spécimens. La gestion de la condition corporelle est cruciale pour éviter l’obésité.
- Couleurs / morphes : l’albinos classique montre des contrastes jaune vif et blanc crème. Il existe des variantes (haut contraste, « green », « granite », « labyrinth », « hypo », « pied ») et de nombreuses combinaisons où l’albinisme s’exprime différemment. La mutation est récessive : deux parents porteurs sont nécessaires pour produire des petits albinos.
- Dimorphisme sexuel : les femelles sont plus longues et massives à l’âge adulte ; les mâles présentent des ergots cloacaux souvent plus développés. La détermination du sexe se fait idéalement par sondage ou éversion par un professionnel.
- Longévité : 20 à 25 ans en captivité avec une maintenance rigoureuse, certains sujets dépassant trois décennies. Une planification à long terme est indispensable.
Terrarium et habitat
La réussite passe par un espace très vaste, sécurisé et facile à entretenir. Les juvéniles démarrent bien dans un terrarium proportionné qui favorise le sentiment de sécurité (par exemple 90 × 45 × 45 cm), puis l’habitat doit croître par paliers : 150–180 cm de long pour des subadultes, avant de passer sur de véritables installations « pièce-terrain » pour les adultes. Pour un adulte de grande taille, comptez un enclos d’au moins 300 × 150 × 150 cm utiles (plus si possible), avec une conception pensée pour la manutention, l’hygiène et la sécurité des intervenants.
Un terrarium en PVC, stratifié compact, mélaminé robuste ou aluminium composite est recommandé pour résister au poids de l’animal, à l’humidité et faciliter la désinfection. Privilégiez une ventilation croisée efficace afin d’éviter la stagnation d’air humide, fréquente responsable de rhinites et pneumonies. Des vitres épaisses avec systèmes de verrouillage fiables sont indispensables : un python birman pousse fort et exploite la moindre faiblesse.
Le substrat doit conjuguer sécurité et gestion de l’humidité. Les fibres de cyprès, copeaux de hêtre dépoussiérés, chanvre défibré, ou même papier/carton pour une maintenance sanitaire sont de bonnes options. Évitez les substrats aromatiques (pin, cèdre) et trop fins susceptibles d’être ingérés. Prévoir une épaisseur suffisante pour absorber les éclaboussures, avec un nettoyage régulier et un spot-cleaning quotidien.
La décoration restera fonctionnelle : de grandes cachettes (deux minimum, aux zones chaude et fraîche), des plateformes basses, des souches et branches très solides capables de supporter un serpent lourd. Un bac d’eau volumineux permettant l’immersion partielle ou totale est apprécié et participe à l’hydratation et à la thermorégulation ; il devra être stable, facile à vider et à désinfecter. Une bonne partie de l’aménagement consiste à rendre l’espace praticable pour l’animal comme pour le soigneur, avec des zones d’accès, des portes suffisantes et une gestion des câbles et éléments chauffants hors d’atteinte.
Paramètres d’élevage
Espèce tropicale, le python birman requiert un gradient thermique franc, une humidité modérée à élevée et une excellente ventilation. La stabilité des paramètres et la redondance des contrôles (thermostats, sondes, sécurités) sont capitales pour un serpent de cette taille.
- Températures : point chaud localisé à 32–34 °C (surface) avec un côté chaud ambiant à 29–31 °C ; côté frais à 25–27 °C. La nuit, une légère baisse à 24–26 °C est acceptable. Utiliser panneaux ou céramiques thermostatés et protéger toute source de chaleur.
- Hygrométrie : 60–70 % en routine, avec des pics ponctuels jusqu’à 75–80 % en période de mue, sans condensation permanente. Pulvérisations modérées et grand bac d’eau pour le microclimat, toujours contrebalancés par une aération efficace.
- Éclairage : un cycle jour/nuit net suffit ; l’UVB n’est pas strictement requis mais un UVB faible (2–5 %) peut favoriser l’activité et la synthèse de la vitamine D3, surtout dans de grands enclos. Éviter les lumières agressives et offrir des zones d’ombre.
- Photopériode : 10–12 h de lumière selon la saison. Un léger raccourcissement hivernal peut aider à caler la reproduction.
Alimentation
Le Python bivittatus est un prédateur de mammifères et d’oiseaux. En captivité, l’équilibre se trouve avec des proies entières décongelées et réchauffées de taille appropriée. Les juvéniles acceptent rapidement souris et jeunes rats ; les subadultes passent aux rats adultes, cobayes ou lapereaux ; les grands adultes reçoivent des lapins de poids ajusté. Une ligne directrice utile est de proposer des proies représentant environ 10–15 % du poids du serpent chez les jeunes, puis privilégier des prises plus rares et proportionnelles chez l’adulte pour éviter l’embonpoint.
La fréquence des repas varie avec l’âge et la température de maintenance. Un juvénile en croissance mange typiquement tous les 5–7 jours, un subadulte tous les 10–14 jours, et un adulte toutes les 3 à 5 semaines, parfois davantage selon la taille de la proie et la condition corporelle. Les pythons birmans stockent facilement ; le sur-nourrissage se traduit par une infiltration graisseuse, une léthargie et, à long terme, une atteinte hépatique. Un suivi du poids et de l’état musculaire, ainsi que des périodes de repos alimentaire, permettent de maintenir une silhouette saine.
Évitez les proies vivantes, sources de blessures et de stress. Assurez une fenêtre de digestion de 48–72 h sans manipulation, avec un accès à la chaleur. Les régurgitations sont presque toujours liées à une proie trop volumineuse, une température inadéquate ou une manipulation post-prandiale ; corriger ces facteurs règle la majorité des incidents. Les compléments ne sont pas nécessaires avec des proies entières de bonne qualité.
Comportement et manipulation
En captivité, le python birman issu d’élevage est souvent placide et tolère l’observation. Il peut toutefois manifester une forte réactivité alimentaire : le conditionnement positif (cible, routine d’ouverture, crochet pour « casser » la réponse de nourrissage) limite grandement les accrochages. C’est une espèce plutôt crépusculaire à nocturne, qui passe la journée à l’abri et devient plus active quand la température ambiante décline légèrement.
La manipulation d’un grand Python bivittatus exige une approche méthodique. Pour tout individu dépassant 3 m, intervenez à deux personnes au minimum ; au-delà de 4 m, trois personnes sont conseillées, surtout pour les manipulations longues. Évitez toute interaction dans les 48–72 h suivant un repas. Soutenez l’animal sur plusieurs points, sans jamais saisir la tête de façon brusque. Un crochet ou un tap training permet de signaler clairement la différence entre entretien et nourrissage. L’objectif n’est pas de « manipuler » fréquemment mais de réaliser des manipulations utiles, calmes et sécurisées (contrôles sanitaires, entretien, pesées), toujours avec un plan d’évacuation et des portes sécurisées.
Reproduction
La reproduction du python birman en captivité est bien maîtrisée, y compris pour la forme albinos. Un léger refroidissement saisonnier, une baisse du photopériodisme et une diète ralentie à l’automne peuvent favoriser l’ovulation. La femelle pond une grappe d’œufs importante et peut assurer une incubation maternelle en enserrant la ponte et en produisant de la chaleur par contractions musculaires ; en captivité, beaucoup d’éleveurs optent pour l’incubation artificielle pour un contrôle optimal des paramètres. L’albinisme étant récessif, le choix des reproducteurs (visuels et/ou hétérozygotes) conditionne la descendance.
- Maturité sexuelle : mâles vers 18–24 mois si correctement développés, femelles vers 3–4 ans avec un poids conséquent (souvent 12–15 kg minimum). Ne pas précipiter la reproduction : une femelle trop jeune ou maigre s’expose à la rétention d’œufs.
- Période de reproduction : introductions courantes en fin d’automne et hiver, après un mois de paramètres légèrement abaissés (nuit à ~24 °C, jour maintenu chaud). Les accouplements s’échelonnent sur plusieurs semaines ; l’ovulation est suivie d’une mue de pré-ponte ~20 jours plus tard.
- Ponte et incubation : 20 à 60 œufs en moyenne (des pontes supérieures existent chez de très grandes femelles). Incubation artificielle à 31–32 °C et ~90–100 % d’humidité relative (substrat d’incubation humide mais non détrempé) durant 55–70 jours. L’incubation maternelle exige un habitat parfaitement sécurisé, sec au-dessus du substrat et une température de pièce stable.
- Soins des jeunes : les nouveau-nés mesurent 50–70 cm. Premier nourrissage après la première mue (souriceaux ou sauteuses selon la taille). Héberger individuellement en boîtes de démarrage bien ventilées, offrant un point chaud précis et des cachettes. Noter la génétique (visuel albinos, het, combinaisons) et tenir des registres pour éviter la consanguinité.
Santé
Les pathologies rencontrées reflètent la masse de l’espèce et l’importance des paramètres. Les infections respiratoires liées à une humidité stagnante et à des températures instables sont le problème le plus courant : sifflements, bulles nasales, bouche entrouverte et léthargie imposent une consultation rapide chez un vétérinaire NAC. Une stomatite (mouth rot) peut apparaître après des microtraumatismes buccaux ou un stress prolongé. Les ectoparasites (acariens) favorisent l’anémie et transmettent des agents pathogènes ; un protocole de quarantaine de 60–90 jours pour tout nouvel individu est vivement recommandé, avec traitement des locaux. Chez cette espèce, un excès calorique chronique conduit vite à l’obésité, à la stéatose hépatique et à une baisse d’activité notable. Les brûlures thermiques surviennent si les sources chauffantes ne sont pas protégées. Les femelles mal préparées peuvent subir une rétention d’œufs nécessitant une intervention vétérinaire.
La prévention repose sur une hygiène rigoureuse (nettoyages réguliers et désinfection raisonnée), une ventilation bien conçue, la stabilité thermique avec thermostat fiable et sondes redondantes, et une alimentation mesurée. Un bac d’eau propre, renouvelé fréquemment, limite les dermatites bulleuses (« blister disease ») liées aux milieux détrempés. Les signes d’alerte à surveiller incluent la respiration bruyante, des muqueuses pâles, un refus alimentaire prolongé hors période de reproduction, une perte de poids, une mue incomplète récurrente ou un changement de comportement soudain. Un examen annuel chez un vétérinaire formé aux reptiles, avec coproscopie et contrôle buccal, contribue à anticiper les problèmes.
Statut de détention en France
En France, le Python bivittatus (quelle que soit sa morphologie, y compris la forme albinos) est considéré comme un grand constricteur et relève d’un régime strictement réglementé. La détention par des particuliers est en pratique soumise à l’obtention d’un Certificat de capacité (CDC) pour l’entretien d’animaux d’espèces non domestiques et à une Autorisation d’ouverture d’établissement (AOE). Ces autorisations impliquent la justification de compétences, la conformité des installations (sécurité, surfaces, dispositifs anti-évasion) et la tenue de registres. L’espèce n’est donc pas libre de détention pour le particulier non capacitaire.
Le python birman est inscrit à la CITES Annexe II et au Règlement (UE) Annexe B. La circulation des spécimens nécessite des preuves d’origine légale (facture, attestation de cession, références CITES pour les importations/exportations). Le statut CITES ne change pas pour la morph albinos. Selon les exigences préfectorales et la réglementation applicable, des obligations d’identification et de traçabilité peuvent s’appliquer (marquage par transpondeur, registre d’entrées et de sorties). Il est indispensable de se rapprocher de sa DDETSPP/Préfecture pour valider le cadre précis avant toute acquisition.
Cette espèce est-elle faite pour vous?
Le Python molure albinos est un serpent fascinant et spectaculaire, mais c’est un animal exigeant qui demande des installations vastes, un budget conséquent, une logistique de sécurité rigoureuse et une parfaite maîtrise des soins. Il s’adresse à des terrariophiles expérimentés capables d’anticiper deux décennies d’entretien, disposant d’un lieu adapté (pièce dédiée, enclos sécurisés), et détenteurs des autorisations nécessaires en France. L’attrait esthétique de la robe albinos ne compense pas les contraintes inhérentes à l’espèce : taille, puissance, besoins en chauffage et en hygiène, gestion des manipulations.
Pour un passionné souhaitant un grand python avec un tempérament doux, bien socialisé et correctement maintenu, un Python bivittatus albinos peut offrir une expérience d’observation exceptionnelle. Ses points forts résident dans sa stabilité comportementale lorsqu’il est élevé dès jeune en milieu calme, sa robustesse globale et sa tolérance aux paramètres correctement fournis. Les vigilances essentielles portent sur la sécurité (verrouillage, manipulation à plusieurs), la prévention de l’obésité, la qualité de la ventilation pour éviter les infections respiratoires et la stricte conformité réglementaire. Si ces conditions vous semblent hors de portée, mieux vaut s’orienter vers des espèces plus modestes en taille et en contraintes.
