Vipère péliade au repos dans un milieu forestier

Émyde lépreuse, Vipère de Seoane, Grenouille rousse : les espèces dont le statut s’est dégradé en France

C’est l’un des points les plus marquants de la nouvelle Liste rouge des reptiles et amphibiens de France hexagonale : six espèces ont connu une véritable dégradation de leur statut depuis 2015, et aucune ne s’est améliorée. Il faut distinguer ces cas des changements dits « non véritables », qui résultent surtout d’une meilleure connaissance de la répartition des animaux. Ici, c’est bien l’état des populations qui s’est détérioré. Revue de détail, dans la suite de notre bilan général de la Liste rouge 2026.

Deux espèces rejoignent la catégorie « En danger »

La Vipère de Seoane (Vipera seoanei)

Elle n’est présente que dans l’extrême Sud-Ouest du pays, dans des habitats humides naturels ou artificiels comme les landes, les tourbières ou les haies. Elle s’est fortement raréfiée dans les zones de plaine depuis les années 1980-1990, sous l’effet de l’urbanisation et des aménagements qui détruisent et fragmentent ses milieux. Avec la hausse des températures et la multiplication des sécheresses, elle ne subsiste plus qu’au niveau des crêtes, jusqu’à 1 160 mètres d’altitude. S’y ajoutent la dégradation de ses habitats par les brûlis et les défrichements. Elle passe ainsi de « Vulnérable » en 2015 à « En danger » aujourd’hui, et vient d’être intégrée au plan national d’actions en faveur des vipères de France.

L’Émyde lépreuse (Mauremys leprosa)

Cette tortue aquatique d’origine ibérique dépend des milieux humides, justement ceux qui régressent. Le rapport la cite, avec la Vipère de Seoane, parmi les espèces des zones humides classées « En danger ». La tendance de ses populations est qualifiée d’inconnue, faute de données suffisantes.

Vipère péliade au repos dans un milieu forestier
Vipère péliade (Vipera berus). Photo d’illustration : Pexels, libre de droit.

Trois espèces passent de « Préoccupation mineure » à « Quasi menacé »

La Vipère aspic (Vipera aspis)

Longtemps considérée comme banale, la Vipère aspic subit à son tour la régression des zones de bocage. Elle est désormais « Quasi menacée », comme le Lézard vivipare, et la tendance de ses populations est à la baisse.

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La Grenouille rousse (Rana temporaria)

Anciennement largement répartie dans divers habitats humides, de la plaine jusqu’à 2 000 mètres d’altitude, la Grenouille rousse connaît une diminution généralisée de sa présence. Le rapport pointe l’assèchement des milieux humides, le réchauffement climatique, la régression du bocage et des prairies permanentes, les pesticides, les collisions routières et la présence d’écrevisses introduites. À cela s’ajoute un prélèvement en milieu naturel pour la consommation de ses cuisses, qui touche au moins 1,8 million de spécimens par an en Bourgogne-Franche-Comté.

Le Spélerpès de Strinati (Speleomantes strinatii)

Cet amphibien dépourvu de poumons n’existe en France que dans le sud-est, ainsi que dans le nord-ouest de l’Italie. Il affectionne les milieux rocheux frais et humides : grottes, fissures, éboulis et vieux murs de pierres sèches des Alpes-Maritimes et des Alpes-de-Haute-Provence, du littoral jusqu’à plus de 2 000 mètres. Sa faible capacité de déplacement le rend très vulnérable aux changements climatiques, qui risquent de réduire ses périodes d’activité en surface et de compromettre les conditions d’humidité nécessaires à la ponte. Le champignon Bsal, responsable de fortes mortalités chez les amphibiens, pourrait en outre décimer ses populations déjà fragmentées s’il atteignait son aire de répartition.

Le Lézard vivipare, sixième espèce de la liste

Souvent confondu avec le Lézard des murailles, ce petit lézard trapu d’environ 6 centimètres préfère les milieux humides : forêts, landes, tourbières. Présent du littoral jusqu’à 2 500 mètres, il était autrefois très commun sur l’ensemble du territoire. Il connaît aujourd’hui une très forte régression dans certaines zones de Normandie, des Hauts-de-France, du Haut-Doubs, du Haut-Jura ou des Pays de la Loire, avec des effondrements locaux comme sur la presqu’île du Cotentin. La sous-espèce de Lantz, présente en Aquitaine, a perdu 80 % de ses effectifs en plaine. Il passe de « Préoccupation mineure » à « Quasi menacé ».

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Des populations locales aussi touchées

Les évaluateurs ont également examiné des sous-espèces et des populations distinctes. Trois d’entre elles ont vu leur statut se dégrader et sont classées « En danger » :

  • la Tortue d’Hermann (population du Var) ;
  • l’Eulepte d’Europe, un petit gecko (population de Provence) ;
  • le Discoglosse sarde (population des îles d’Hyères).

La sous-espèce de Lantz du Lézard vivipare, elle, passe en « Vulnérable ».

Et le Lézard ocellé ?

Seule note d’espoir relative : le Lézard ocellé passe de « Vulnérable » à « Quasi menacé ». Mais il ne s’agit pas d’une amélioration réelle. Les prospections menées dans le cadre du plan national d’actions ont simplement permis de mieux apprécier sa situation.

Ce qu’il faut retenir

Ces espèces ont en commun leur dépendance aux milieux humides ou au bocage, deux types de paysages qui reculent. Dans notre prochain article, nous passons en revue l’ensemble des menaces qui pèsent sur les reptiles et amphibiens de France.

Source : UICN Comité français, OFB, MNHN & SHF (2026), La Liste rouge des espèces menacées en France, chapitre Reptiles et Amphibiens de France hexagonale, Paris.

Nicolas

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