Le Gecko Léopard
Classification
| Règne | Animalia |
| Embranchement | Chordata |
| Classe | Reptilia |
| Ordre | Squamata |
| Sous-ordre | Sauria (Lacertilia) |
| Famille | Eublepharidae |
| Genre | Eublepharis |
| Espèce | Eublepharis macularius |
Présentation
Si vous débutez en terrariophilie et cherchez un reptile à la fois beau, facile à maintenir et attachant, le gecko léopard (Eublepharis macularius) est probablement le lézard qu’il vous faut. Surnommé affectueusement « leo » par les passionnés, ce petit gecko originaire d’Asie centrale fascine autant par sa robe tachetée que par son tempérament docile.

Son nom commun lui vient de sa livrée caractéristique : un fond jaune plus ou moins vif parsemé de taches sombres rappelant le pelage du félin. Mais ce qui rend vraiment ce gecko unique parmi les lézards, ce sont ses paupières mobiles. Contrairement à la plupart des geckos qui possèdent une écaille transparente fixe protégeant l’œil, l’Eublepharis macularius peut cligner des yeux — un détail qui lui confère une expressivité presque attendrissante.
Décrit scientifiquement pour la première fois en 1854 par le zoologiste Edward Blyth, le gecko léopard est aujourd’hui l’un des reptiles les plus maintenus en captivité à travers le monde. Des décennies de sélection ont donné naissance à une extraordinaire diversité de phases (ou morphes) aux couleurs parfois spectaculaires : Tangerine aux teintes orangées, Blizzard entièrement blanc, Mack Snow aux tons gris-lavande, ou encore les énigmatiques Black Night d’un noir profond.
Origine et habitat naturel
À l’état sauvage, le gecko léopard occupe une vaste zone allant du sud de l’Afghanistan jusqu’au nord-ouest de l’Inde, en passant par le Pakistan, l’Iran et le Népal. Il affectionne particulièrement les régions semi-arides et rocailleuses, où il trouve refuge dans les anfractuosités et les terriers abandonnés.
Son habitat naturel se caractérise par des étés chauds et secs suivis d’hivers relativement frais. Les températures peuvent y osciller de 10°C en hiver à plus de 40°C en été. Cette amplitude thermique explique la grande adaptabilité du gecko léopard aux conditions d’élevage et son besoin d’une période de repos hivernal pour rester en bonne santé sur le long terme.

Animal crépusculaire et nocturne, il passe la journée à l’abri de la chaleur dans des cachettes humides et ne sort qu’à la tombée de la nuit pour chasser insectes et petits invertébrés. En captivité, on peut toutefois l’observer actif en fin de journée, guettant l’heure du repas avec une curiosité non dissimulée.
Caractéristiques physiques
Le gecko léopard présente une morphologie trapue et robuste qui le distingue immédiatement des autres geckos. Voici ses principales caractéristiques :
- Taille adulte : 20 à 25 cm en moyenne (queue comprise). Les lignées Giant et Super Giant peuvent atteindre 28 à 30 cm.
- Poids : 45 à 80 grammes pour un adulte standard. Les spécimens Giant dépassent parfois les 100 grammes.
- Longévité : 15 à 20 ans en captivité avec des soins appropriés. Le record documenté dépasse les 28 ans.
- Queue : épaisse et charnue, elle sert de réserve de graisse. Un gecko en bonne santé présente une queue bien rebondie.
- Yeux : pupilles verticales typiques des espèces nocturnes, paupières mobiles permettant le clignement.
- Pattes : contrairement aux geckos arboricoles, le gecko léopard ne possède pas de lamelles adhésives. Ses doigts sont munis de petites griffes.
Dimorphisme sexuel : les mâles adultes se reconnaissent à leurs pores fémoraux bien marqués (ligne de points sur la face interne des cuisses) et à leurs renflements hémipéniens à la base de la queue. Les femelles sont généralement un peu plus petites et moins massives.
Les phases du gecko léopard
L’un des aspects les plus fascinants de l’élevage du gecko léopard réside dans l’incroyable diversité de ses phases. Fruit de décennies de sélection par les éleveurs du monde entier, ces variations génétiques offrent un panel de couleurs et de motifs qui n’a rien à envier aux poissons d’aquarium les plus colorés.

On distingue plusieurs catégories de mutations :
| Type de mutation | Exemples | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Albinos | Tremper, Bell, Rainwater | Absence de mélanine, yeux clairs à rouges |
| Hypomélaniques | Hypo, Super Hypo, Baldy | Réduction des taches noires |
| Leucistiques | Blizzard, Blazing Blizzard | Absence quasi totale de pigmentation |
| Pattern | Jungle, Striped, Bandit | Modification du motif tacheté |
| Taille | Giant, Super Giant | Gigantisme génétique |
| Yeux | Eclipse, Marble Eye, Snake Eye | Modifications de la pigmentation oculaire |
Les combinaisons entre ces différents gènes permettent de créer des spécimens aux apparences très variées. Un Mack Snow Tremper Albino Eclipse, par exemple, combine quatre mutations distinctes. Les phases les plus rares comme le Black Night peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros.
Terrarium et habitat
Contrairement à ce que son origine désertique pourrait laisser penser, le gecko léopard n’a pas besoin d’un terrarium immense pour s’épanouir. C’est un animal relativement sédentaire qui passe l’essentiel de son temps dans ses cachettes.
Dimensions recommandées
La taille minimale pour un individu adulte est de 60 × 45 × 45 cm (L × l × H). Cette dimension permet d’installer correctement un gradient thermique et plusieurs cachettes. Pour un couple ou un trio (un mâle et deux femelles), privilégiez un terrarium de 90 × 45 × 45 cm minimum.
Le gecko léopard étant terrestre, c’est la surface au sol qui compte avant tout. La hauteur sera principalement exploitée par votre décor et d’éventuelles cachettes en hauteur que certains individus apprécient.
Type de terrarium
Les terrariums en verre avec portes frontales coulissantes (type Exo Terra ou Terratlantis) sont les plus pratiques pour l’entretien quotidien. Les terrariums en bois (OSB) offrent une meilleure isolation thermique mais nécessitent une protection contre l’humidité. L’élevage en rack (boîtes plastique empilables) est courant chez les éleveurs professionnels mais moins adapté à un maintien amateur où l’on souhaite observer son animal.

Le substrat : un choix crucial
Le choix du substrat est un sujet qui fait débat dans la communauté terrariophile. Le danger principal avec le gecko léopard est l’occlusion intestinale : ce lézard a tendance à ingérer son substrat lorsqu’il chasse, et les particules fines peuvent s’accumuler dans son système digestif.
Substrats recommandés :
- Papier absorbant / Sopalin : zéro risque d’ingestion, hygiénique, peu esthétique mais idéal pour les juvéniles et la quarantaine.
- Carrelage ou ardoise : facile à nettoyer, excellent conducteur thermique pour le chauffage par le sol, rendu naturel.
- Tapis de gazon synthétique : sans risque d’ingestion, lavable, mais peut accumuler les bactéries si mal entretenu.
- Mélange terre/sable argileux : esthétique et naturel, à réserver aux adultes bien nourris qui chassent proprement.
À éviter absolument : le sable fin de type « sable du désert », les copeaux de bois résineux (toxiques), le gravier fin, et tout substrat friable en petites particules.
Aménagement et décor
L’aménagement du terrarium doit répondre aux besoins fondamentaux du gecko léopard : se cacher, thermoréguler, boire et muer correctement.
Les cachettes sont essentielles. Prévoyez au minimum trois cachettes : une en zone chaude, une en zone froide, et une boîte humide (ou « moist hide »). Cette dernière, remplie de sphaigne, vermiculite ou fibre de coco maintenue légèrement humide, est indispensable pour faciliter les mues et servira également de site de ponte pour les femelles.

Complétez avec quelques éléments de décor (branches basses, pierres plates, plantes artificielles) sans surcharger l’espace. Attention aux décors de fond avec interstices : les grillons s’y réfugient et deviennent inaccessibles au gecko.
Paramètres d’élevage
Le gecko léopard est réputé pour sa facilité de maintenance, mais cela ne dispense pas de respecter certains paramètres essentiels à son bien-être.
Température
Comme tous les reptiles, le gecko léopard est ectotherme : il dépend de son environnement pour réguler sa température corporelle. Un gradient thermique correct est donc vital.
| Zone | Jour | Nuit |
|---|---|---|
| Point chaud (1/3 du terrarium) | 30-32°C au sol | 22-24°C |
| Zone intermédiaire | 26-28°C | 22-24°C |
| Point froid (2/3 du terrarium) | 24-26°C | 20-22°C |
Le chauffage idéal combine un tapis chauffant ou câble chauffant placé sous le terrarium (couvrant environ 1/3 de la surface) et contrôlé par un thermostat. Ne jamais utiliser de tapis chauffant sans thermostat : le risque de brûlure est réel. Une lampe céramique peut compléter le dispositif si la pièce est fraîche.
Éclairage et UVB
Question controversée : le gecko léopard a-t-il besoin d’UVB ? Étant nocturne, il a longtemps été maintenu sans éclairage UV. Cependant, des études récentes suggèrent qu’une exposition modérée aux UVB (indice 2.0 à 5.0) améliore la synthèse de vitamine D3 et le métabolisme du calcium.
En pratique, un éclairage UVB n’est pas indispensable si vous supplémentez correctement en vitamine D3, mais il reste bénéfique. Dans tous les cas, respectez un cycle jour/nuit de 12h/12h (10h/14h en hiver pour simuler la saison froide).
Hygrométrie
L’hygrométrie ambiante doit rester modérée, entre 30 et 40%. Le gecko léopard n’est pas un reptile tropical. Une humidité trop élevée favorise les infections respiratoires et les mycoses. La boîte humide suffit à couvrir ses besoins ponctuels en humidité (mue, ponte).

Alimentation
Le gecko léopard est un insectivore strict. Son régime alimentaire en captivité doit être varié pour éviter les carences et maintenir son intérêt pour la nourriture.
Proies recommandées
La base de l’alimentation repose sur les grillons (Acheta domestica ou Gryllus bimaculatus), facilement disponibles et nutritifs. Variez régulièrement avec :
- Blattes (Red Runner, Dubia) : excellente valeur nutritive, moins de chitine que les grillons
- Vers de farine (Tenebrio molitor) : en complément, pas en aliment principal (trop gras et chitineux)
- Vers morios (Zophobas morio) : pour les adultes, occasionnellement
- Larves de cétoine : friandise très appréciée, riche en protéines
- Vers à soie (Bombyx mori) : excellents sur le plan nutritif, tendres
- Souriceaux rosés : occasionnellement pour les femelles reproductrices ou les individus affaiblis
Règle d’or : la proie ne doit jamais dépasser la largeur de la tête du gecko. Un insecte trop gros peut provoquer étouffement ou régurgitation.

Fréquence des repas
Elle varie selon l’âge :
- Juvéniles (0-6 mois) : tous les jours, autant qu’ils peuvent manger en 15 minutes
- Sub-adultes (6-12 mois) : tous les 2 jours
- Adultes (12 mois et plus) : 2 à 3 fois par semaine
Supplémentation
La supplémentation en calcium et vitamines est indispensable pour prévenir la maladie métabolique osseuse (MBD), fréquente chez les reptiles mal nourris.
Saupoudrez les insectes de calcium pur (sans D3) à chaque repas. Ajoutez du calcium avec D3 une fois par semaine. Un complexe vitaminé (type Repashy ou Miner-All) peut être donné une fois par semaine également.
Laissez en permanence une coupelle de calcium pur dans le terrarium : le gecko viendra s’auto-supplémenter selon ses besoins.

Comportement et manipulation
Le gecko léopard jouit d’une réputation méritée de reptile au tempérament docile. Contrairement à de nombreux lézards, il tolère très bien la manipulation et peut même sembler apprécier le contact humain — ou du moins la chaleur de vos mains.
C’est un animal curieux qui, une fois acclimaté, viendra souvent se poster à l’avant du terrarium à l’approche de son soigneur. Cette « reconnaissance » n’est pas de l’affection au sens mammifère du terme, mais plutôt une association positive entre votre présence et l’arrivée de la nourriture.
La manipulation
Attendez au moins deux semaines après l’acquisition avant de manipuler votre gecko, le temps qu’il s’acclimate à son nouvel environnement. Commencez par de courtes sessions de quelques minutes, en le laissant explorer vos mains sans le contraindre.
Ne saisissez jamais un gecko par la queue : comme beaucoup de lézards, il peut s’en séparer volontairement (autotomie) en cas de stress. La queue repousse, mais imparfaitement, et cette régénération mobilise beaucoup d’énergie.
Cohabitation
Le gecko léopard est un animal solitaire qui n’a pas besoin de congénères pour s’épanouir. La cohabitation est possible mais comporte des risques :
- Deux mâles : à proscrire absolument, combats territoriaux violents garantis
- Mâle + femelle(s) : le mâle peut épuiser les femelles par des accouplements répétés
- Plusieurs femelles : généralement pacifique, mais surveillez qu’aucune ne domine les autres au point de les empêcher de se nourrir
En cas de cohabitation, prévoyez toujours une cachette par individu minimum et surveillez que tous mangent correctement.

Reproduction
La reproduction du gecko léopard est accessible aux éleveurs amateurs et constitue une expérience passionnante. Avant de vous lancer, assurez-vous d’avoir les moyens d’accueillir la descendance ou des acquéreurs potentiels.
Maturité sexuelle et conditions
- Âge minimum : 18 mois pour les femelles (attendre qu’elles atteignent 45-50g minimum), 12 mois pour les mâles
- Période de reproduction : de février à septembre, après une période d’hivernage
- Hivernage préalable : 6 à 8 semaines à température réduite (18-20°C) et photopériode raccourcie (8-10h)
Accouplement
Après la remontée progressive des températures, introduisez le mâle dans le terrarium de la femelle (ou dans un terrarium neutre). Le mâle manifeste son intérêt en faisant vibrer sa queue rapidement. L’accouplement dure quelques minutes. Retirez le mâle après la copulation pour éviter le stress de la femelle.
Ponte et incubation
- Première ponte : 3 à 4 semaines après l’accouplement
- Nombre d’œufs : 2 œufs par ponte, jusqu’à 8-10 pontes par saison
- Site de ponte : la boîte humide, remplie de vermiculite ou substrat adapté
- Incubation : 45 à 60 jours selon la température
- Température d’incubation : 26-28°C pour des femelles, 30-32°C pour des mâles, 28-30°C pour un ratio équilibré
Placez les œufs dans un incubateur sur un substrat légèrement humide (vermiculite, perlite). Ne les retournez jamais après la ponte. Les bébés percent leur coquille avec leur « dent de l’œuf » et sont autonomes dès la naissance.

Santé
Le gecko léopard est un reptile robuste qui, maintenu dans de bonnes conditions, tombe rarement malade. La plupart des problèmes de santé sont liés à des erreurs de maintenance : température inadaptée, alimentation déséquilibrée, ou hygiène insuffisante.
Problèmes courants
La maladie métabolique osseuse (MBD) est la pathologie la plus fréquente. Elle résulte d’une carence en calcium et/ou vitamine D3 et provoque une décalcification du squelette. Symptômes : mâchoire molle, déformations osseuses, tremblements, paralysie. Prévention : supplémentation rigoureuse et, idéalement, éclairage UVB.
Les problèmes de mue surviennent lorsque l’humidité est insuffisante. Des lambeaux de peau restent collés, notamment sur les doigts et la queue, pouvant entraîner nécrose et perte de phalanges. Solution : maintenir une boîte humide fonctionnelle et aider manuellement à retirer les peaux récalcitrantes avec un coton-tige humide.
Les parasites internes (coccidiose, cryptosporidiose, oxyures) peuvent contaminer votre gecko, notamment s’il provient d’un élevage de masse ou d’une animalerie. Symptômes : perte de poids, selles anormales, léthargie. Un examen coprologique chez un vétérinaire NAC permet d’identifier le parasite et de prescrire le traitement adapté.
Les infections respiratoires apparaissent dans les terrariums trop humides ou trop froids. Symptômes : respiration bouche ouverte, mucus nasal, râles. Consultez rapidement un vétérinaire spécialisé.

L’hivernage
Une fois adulte, le gecko léopard bénéficie d’une période de repos hivernal de 6 à 8 semaines (novembre à janvier). Réduisez progressivement la température (18-20°C constant), la photopériode (8h de lumière) et cessez de nourrir. L’animal reste peu actif et puise dans ses réserves de graisse (sa queue doit être bien rebondie avant l’hivernage). Cette pause est particulièrement importante pour les reproducteurs.
Statut de détention en France
Le gecko léopard est une espèce libre de détention en France. Aucune déclaration préalable, certificat de capacité (CDC) ni autorisation d’ouverture d’établissement (AOE) n’est requis pour maintenir ce lézard chez soi. Cette facilité administrative explique en grande partie sa popularité auprès des débutants comme des terrariophiles confirmés.
L’espèce n’est pas inscrite aux annexes de la CITES et ne bénéficie d’aucun statut de protection particulier en Europe. Sa reproduction en captivité est parfaitement maîtrisée depuis plus de 40 ans, ce qui garantit un approvisionnement stable en spécimens nés en élevage. Les prélèvements dans la nature sont aujourd’hui quasi inexistants sur le marché occidental.

Le Gecko Léopard est-il fait pour vous ?
Le gecko léopard mérite amplement son statut de reptile idéal pour débuter. Sa maintenance simple, son tempérament calme et sa longévité remarquable en font un compagnon de choix pour quiconque souhaite s’initier à la terrariophilie sans se lancer dans une aventure trop complexe.
Mais ne vous y trompez pas : ce n’est pas parce que le gecko léopard est « facile » qu’il ne mérite pas une attention sérieuse. Un terrarium bien aménagé, une alimentation variée et supplémentée, un suivi régulier de sa santé — voilà les clés d’un élevage réussi.
Pour les terrariophiles confirmés, la diversité extraordinaire des phases disponibles offre un terrain de jeu génétique passionnant. Que vous soyez attiré par les couleurs flamboyantes d’un Tangerine ou par l’élégance mystérieuse d’un Black Night, le gecko léopard saura vous séduire pendant de nombreuses années.
